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Pacific Grove
Par Dominique Chauvet
Je délaisse naturellement Carmel au profit de Pacific Grove qui a la pureté du cœur en habit d’apparat.
Les gens y sont simples, gentils et accueillants. La présence ancrée de la spiritualité en fait un lieu sacré où le touriste pressé ne vient pas. Il faut du temps et de l’espace pour ressentir la profondeur de ce lieu qui m’était inconnu. C’est un Berkeley des âmes et des cœurs sans l’intellectualisme des têtes qui ont appris à se dissoudre dans les orages de leur humanité.
Je ne sais pourquoi j’aime autant ces êtres polis par la vie, comme leurs dunes par le vent, mais je me goute dans ces âmes à nu. Nous marchons ensemble et sourions sans but, ni lien particulier.
Cette cour aux miracles finit le travail entamé par mon Etre et bien que mon apparence ne soit pas identique à la leur, elle ne semble ni leur poser de problème, ni m’en causer à moi non plus. Nous nous sommes reconnus ailleurs.
J’apprends à ressentir plus qu’à m’intégrer et mes pas, qui ont peu de directions à prendre, se mêlent aux leurs. Notre marche trainante et lente devient le cadencé précis d’un ballet divin.
Il y a de l’importance maintenant dans ce qui n’en avait pas.
Il n’y a plus d’importance maintenant dans ce qui en avait.
En vivant ici, je m’étends plus que je ne m’intègre. Je ressens plus que je ne découvre.
Mon souffle s’ajoute aux respirations multiples qui deviennent le chant vaste d’un cœur pulsant.
Il y a de l’élégance dans cet état simple, et parfois pauvre, qui luit pourtant comme un joyau à mes yeux doucement préparés à quitter les feux de Carmel.
Ici, se découvre l’éclat des Cieux posé sur les tissus d’humanité d’un grand Maître couturier des âmes.
Les hasards aspirent dans des recoins où se cachent ces choses que personne ne voit plus. Il n’y a rien vraiment mais je les vois pourtant reluire d’un jais d’âtre passé me révélant ses flammes. Elles se ressentent plus qu’elles ne brûlent. Elles se vivent plus qu’elles n’apparaissent.
La lumière de l’Amour se révèle aux yeux enfin ouverts à l’essence d’un tout mêlé en nous dans le geste sensuel d’une ronde du vivant sacré.


